Séminaire Biologie et féminisme – les sciences du vivant et la question du genre selon Donna Haraway

Séminaire organisé par Astrid-Deuber –Mankowsky

Jeudis 11 mars salle 483A, online 18 mars salle 483A et 25 mars salle 355A, click de 14h à 16h30, no rx bâtiment Condorcet, 4 rue Elsa Morante – 75013 Paris – Métro Bibliothèque F. Mitterand.

11 mars : Le genre comme question épistémique

18 mars : Mythe du Cyborg et politique du Cyborg

25 mars: Le concept de « savoir situé » selon Donna Haraway

Astrid Deuber-Mankowsky

Astrid Deuber-Mankowsky, philosophe et professeure au département de « Théorie des media » à l’Université de la Ruhr ( Bochum, Allemagne) est en mars 2010 professeure invitée à l’Université Paris-Diderot.

Elle confronte, dans deux ouvrages, l’exigence scientifique d’objectivité avec la critique d’une conception trop étroite de la pensée, qui se formule par exemple chez Walter Benjamin.. Son premier ouvrage, Le jeune Walter Benjamin et Hermann Cohen (Berlin, Vorwerk 8, 2000) mettait en regard ces deux philosophes rarement réunis. Le second a radicalisé l’idée kantienne que la rationalité de la connaissance est construite. Même le « donné » intuitif est l’œuvre d’une construction par les grandeurs intensives, ce qui rapproche le rationaliste Cohen de Deleuze, philosophe des intensités. Benjamin, pour sa part, entendait cette construction à partir des formes esthétiques, qui, délaissant le souci exclusif de l’objectivité, donne un statut nouveau aux productions de l’art à l’âge de la reproductibilité industrielle des œuvres. Dans cette confrontation entre Cohen et Benjamin, c’est le fait que tout « donné » soit construit qui retenait Astrid Deuber-Mankowsky.

Son deuxième ouvrage, Pratiques de l’illusion (Berlin, Vorwerk 8, 2007) met les constructions scientifiques et esthétiques en rapport avec l’importance des normes et des fictions dans nos pratiques et nos savoirs. C’est pourquoi son intérêt croise explicitement la question du genre comme délimitation des règles sociales organisant le partage des sexes.

Donna Haraway

Si on peut indiquer le nom de Judith Butler comme l’une des féministes qui, après Michel Foucault, ont pensé la détermination du genre comme acte qui délimite une différence en excluant des formes de sexuation lorsqu’elle en institue d’autres comme dominantes, le nom de Donna Haraway, par contre, est celui d’une féministe qui ne sacrifie pas la visée de l’objectivité du savoir à l’étude des normes de genre. D’une part, elle réinscrit la différenciation des sexes dans la biologie de l’Evolution et, d’autre part, elle montre comment des mythes traversent le savoir biologique. La cybernétique et les neurosciences sont, en effet, traversés par des mythes qu’il s’agit de repérer comme tels pour leur opposer d’autres mythes. Car on ne peut pas échapper à l’articulation de l’imaginaire et des savoirs, mais on peut décliner autrement les mythes qui articulent artifices, Evolution et genres. Les nouvelles techniques liées à la génétique et à la reproduction sont alors l’occasion de définir une politique concertée de l’imaginaire comme celle du « cyborg », être artificiel dont la teneur mythique empêche de prendre les grandes synthèses prétendument scientifiques pour une vérité. Politique de l’imaginaire et politique du savoir comme « Savoir situé »forment les deux versants des travaux de Donna Haraway qu’Astrid Deuber-Mankowsky développe avec rigueur, précision et brio;  puisque ce sont là les thèmes mêmes qu’elle élaborait depuis qu’elle a mis en scène le face à face et l’affinité entre Hermann Cohen et le jeune Walter Benjamin.

Mais le terrain de cette problématique s’est déplacé : non plus la logique et la physique confrontées aux transformations de l’art à l’âge de la reproductibilité des œuvres, mais les sciences du vivant traversées par la question du genre qui fomente et réalise des mythes dans les savoirs et réalise des artifices.