Journée d’études Littérature et psychanalyse comme arts du langage : regards croisés

Journée d’études organisé par Sarah-Anaïs Crevier-Goulet, Beatriz Santos et Elsa Polverel

Jeudi 7 février 2013 de 9h à 18 h

Salle 418C de la Halle aux Farines

Le langage est le lieu privilégié de l’exercice de la psychanalyse et de la littérature. Aux yeux de ces deux disciplines, le langage n’est pas simplement l’outil rendant possible la communication entre les êtres, il est cela même qui nous constitue comme sujets, comme parlêtres, selon l’expression de Lacan. Pour la psychanalyse, le rapport au langage s’établit à la fois par la prémisse lacanienne selon laquelle l’inconscient est structuré comme un langage et par la conséquence technique qui en découle, à savoir l’affirmation de l’association libre comme règle fondamentale de l’analyse, plaçant ainsi la parole, autant celle de l’analysant que celle de l’analyste, au centre du déroulement de la cure. En tant que productions de l’inconscient, les lapsus, l’oubli ou la répétition de mots, les expressions déformées, les néologismes mais aussi l’insistance de certains phonèmes ou de lettres dans le discours de l’analysant constituent la matière même à partir de laquelle la cure analytique s’élabore, non sans que ces éléments, reliés aux conflits inactuels ayant traversé l’histoire d’un sujet, ne rencontrent l’actualité des détails transférentiels. Loin de pouvoir être réduite à la seule notion de signifiant, cette matière-langue constituant le discours de l’analysant – nous ne distinguons pas pour l’instant langue et langage – est aussi rythme, son, souffle, musique, où passent les restes de ce qui était resté en souffrance depuis l’enfance. Du point de vue du champ littéraire, c’est précisément à travers la langue qu’émerge la singularité du sujet qui écrit (l’écrivain-e), puisque c’est dans la façon propre que ce sujet a de manier la syntaxe et la ponctuation, de travailler l’euphonie, d’organiser ou de composer les phrases et les mots qu’un style se distingue, qu’une certaine littérarité du texte se met en place, donnant ainsi un autre statut à la fonction référentielle du langage. En ce qu’elle est avant tout une approche formelle de la langue, la littérature met à jour d’une certaine façon une autonomie du langage, mais elle constitue en même temps le site où peuvent advenir de nouvelles significations, l’épaisseur linguistique étant à même de faire surgir de l’ambiguïté, de l’équivocité, de l’altérité et des sens autres.
Un rapprochement entre la psychanalyse et le champ littéraire peut alors être envisagé à partir de ce qui fait selon nous la caractéristique commune de ces deux disciplines, à savoir qu’elles constituent ce que nous appellerions des arts du langage, expression qui souligne en quoi il s’agit pour ces deux disciplines d’un travail, d’une recherche, d’une écoute active, d’une attention à tout ce qui relève de la langue, qu’elle soit orale ou écrite, à tout ce qui nous relie à la langue en tant que sujet désirant. Car c’est justement elle, la langue, qui permet, grâce à toutes les potentialités qu’elle contient, de transformer les discours qui nous forment, de déplacer les signifiants qui nous aliènent, d’inventer en somme de nouveaux sens. Le champ littéraire et le champ psychanalytique ont aussi en commun d’avoir une temporalité longue : l’analyse est un processus long, on le sait, et l’écriture exige également patience, ténacité et vigilance ; en tant qu’arts du langage, ces deux disciplines posent toutes deux la question du temps, de la répétition, du rythme, du passé qui laisse des traces – d’abord et avant tout dans la langue.
Plus précisément, c’est l’occasion de s’interroger précisément sur la fonction de la parole dans le dispositif analytique. En effet, comment, c’est-à-dire par quels moyens, le langage peut-il faire acte au cours d’une cure analytique ? La parole de l’analyste a-t-elle une portée performative ? Y a-t-il aussi du performatif à l’œuvre dans les écrits littéraires ? Ces énoncés performatifs ont-ils un pouvoir de déconstruction ? Que nous apporte la notion lacanienne de « lalangue » pour comprendre différemment le rapport entre jouissance et langage, le rapport entre la singularité du sujet et son inscription dans le langage, mais aussi pour nuancer la thèse du primat du symbolique et de l’inévitable alinéation dans et par le langage ? Peut-on voir des résonances entre la notion de « lalangue » et celle de « sémiotique » que Julia Kristeva élabore justement à partir d’une analyse de textes littéraires (Mallarmé, Joyce, Céline) ? Ce sont ces questions, et bien d’autres, que nous nous proposons d’aborder lors de cette journée qui réunira essentiellement des psychanalystes, des chercheurs en psychopathologie ainsi qu’en études littéraires, et des écrivains.

Programme

9h30 Ouverture

Beatriz Santos (Université Paris 7-Diderot, post-doctorante), Sarah-Anaïs Crevier Goulet (Université Paris 7-Diderot, post-doctorante) et Elsa Polverel (Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, doctorante)

9h45 Monique David-Ménard (Université Paris 7-Diderot, psychanalyste) Interpréter, nommer, intervenir

10h15 Claire Nioche (Université Paris 7-Diderot, psychologue clinicienne) Métaphores et équivoques : la question du nom en psychanalyse

10h45 Discussion (modératrice : Sarah-Anaïs Crevier Goulet)

11h00 Pause-café

11h30 Anne-Marie Picard (The American University of Paris) Le moment critique : pour une métapsychologie de la théorie littéraire

12h00 Horacio Amigorena (psychanalyste) Ut pictura poesis. L’image perverse (Balthus/Jouve)

12h30 Discussion (modératrice : Beatriz Santos)

13h00 Déjeuner

14h30 Beatriz Santos, Sarah-Anaïs Crevier Goulet et Elsa Polverel

15h00 Soledad Venturini (Docteur en psychopathologie et psychanalyse, psychologue clinicienne) Psychanalyse et écriture : grammaire d’une invention

15h30 Claire Gillie (Université Paris 7-Diderot, psychanalyste) Traduction finie et infinie : une passe d’une langue à l’autre

16h00 Discussion (modératrice : Nayla Debs, Université Paris 7-Diderot, doctorante)

16h30 Pause-café

17h00 Marcus Coelen (Université de Munich/ Tel Aviv, psychanalyste) Philologie et psychanalyse - quelques réflexions sur une rencontre improbable

17h30 Mireille Calle-Gruber (Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, écrivain)

Scènes d’idylle, scènes du dernier mot : et si la littérature était la scène immémoriale de la naissance. Notes à partir de deux récits de Maurice Blanchot

18h00 Discussion (modératrice : Claire Nioche)

18h30 Conclusion de la journée

contacts :

sirogh55@hotmail.com sbeatriz@gmail.com

epolverel@gmail.com